La Liberté

La Suisse pourrait profiter de la crise

Partager cet article sur:
17.04.2021

En pleine pandémie, le Suisse David Ruetz dirige le plus grand salon du tourisme au monde à Berlin

David Ruetz

Petra Krimphove, swissinfo

Voyages » Le plus grand salon du tourisme au monde? Il se trouve à Berlin et est dirigé par le Suisse David Ruetz (51 ans). A la tête de l’ITB depuis 2003, l’expert de la branche est convaincu que la Suisse profitera de l’essor attendu, car la demande de vacances dans la nature et en plein air a augmenté pendant la pause forcée. En outre, la sécurité devient un critère important pour choisir une destination. Interview.

Le tourisme a-t-il déjà vécu une crise comparable à celle qu’il traverse actuellement?

David Ruetz: C’est la forme extrême d’une situation que nous avons connue à plus petite échelle lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York et de la crise économique de 2008/2009. D’autres attaques terroristes ont également provoqué un effondrement du tourisme, par exemple en Turquie, en Egypte, à Londres, Paris ou Madrid. Néanmoins, c’est la première fois que cela se produit à l’échelle mondiale.

Le ralentissement économique touche tous les acteurs du secteur, des technologies de réservation aux compagnies aériennes et aux hôtels, en passant par les petites agences de voyages individuelles. Et il n’y a aucune garantie qu’une fois que tout le monde aura été vacciné, le prochain virus et la prochaine crise n’arrivent pas.

Comment parviendra-t-on à regagner la confiance et encourager à voyager à nouveau en Suisse?

Je ne suis pas trop inquiet à ce sujet. Traditionnellement, la Suisse est une destination de rêve pour les touristes asiatiques et ceux des pays arabes en raison des spécificités qu’offre ce beau pays. Dès que cela sera à nouveau possible, ces groupes seront les premiers à frapper à la porte de la Suisse. J’en suis convaincu.

Et en ce qui concerne l’aspect confiance, c’était une très bonne décision stratégique de prendre Roger Federer comme ambassadeur de marque de la Suisse comme destination. Il incarne cette valeur.

Y aura-t-il un retour à ce que nous connaissions avant ou la crise sanitaire changera-t-elle le tourisme à long terme?

Nous avons commandé des études pour les marchés allemand, américain et chinois. Elles indiquent qu’il y aura un boom exceptionnel après la pandémie.

La Suisse pourrait-elle même profiter de la crise sur le long terme?

Oui, elle pourrait en profiter. En Allemagne, 61% des personnes interrogées et 91% en Chine déclarent vouloir voyager plus souvent dans la nature et faire des excursions en plein air à l’avenir. Je pense que c’est très pertinent. La nature et l’isolement sont très prisés.

En 2017 à Interlaken, j’ai vu les membres d’un groupe de voyageurs chinois s’allonger un par un dans le parterre de fleurs devant l’hôtel pour se prendre en photo. Les Chinois sont fous de nature et d’air pur en raison de l’urbanisation de leur pays.

Et les villes?

L’urbanité a toujours été un moteur important du tourisme. J’espère, mais je crains en même temps, que le désir de tourisme urbain revienne. Il existe aujourd’hui de bons concepts datant d’avant la pandémie qui permettent de contrer le surtourisme. Cela peut être régulé par des applications et des restrictions, lorsque la volonté politique est là. Et ça existe.

Comment la Suisse peut-elle continuer à l’avenir à concurrencer des voisins moins chers comme l’Autriche et l’Allemagne?

Là aussi, vous pouvez faire de la randonnée et du ski en montagne, tout en dépensant moins d’argent. Tout ne se résume pas au prix. En Suisse, les expatriés qui passent leurs vacances dans leur famille constituent l’un des trois piliers de l’industrie du tourisme, à côté des voyages de loisirs et d’affaires.

Et puis, il y a une fidélité prononcée à la marque dans le tourisme suisse. Je connais des gens qui continuent à se rendre au même endroit que leurs grands-parents pour skier. En ce qui concerne le prix, il permet aussi d’avoir une certaine exclusivité en Suisse, à contre-courant du tourisme de masse.

La pandémie offre-t-elle aussi une opportunité pour la Suisse de moderniser ses infrastructures touristiques et de se repositionner sur le marché?

De nombreuses entreprises ont profité de ce temps libre pour effectuer des rénovations, des formations et mettre en place de nouveaux concepts. Pour certains, la pause forcée était donc aussi une opportunité. Ils ont parfois dû faire un choix: est-ce que j’abandonne et je ferme, ou est-ce que je prends un nouveau départ?

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00