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Le temps d’attendre

Depuis quelque temps, la vie semble parfois avoir perdu son sens. © Lise Schaller
Depuis quelque temps, la vie semble parfois avoir perdu son sens. © Lise Schaller
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29.03.2021

Y’en a marre!

Notre chroniqueuse en mal d’action traite le sujet de l’ennui.

«J’ai toujours eu un problème avec les dates. 23 décembre, 43 mars… ça ne veut rien dire, si vous voulez mon avis. Mon année n’est pas linéaire, elle est cyclique: elle commence par le mois froid où il ne se passe rien – ah si, on mange la couronne des rois – en février il y a carnaval, en mars de la pluie et mon anniversaire… Et ainsi de suite, jusqu’en décembre. L’été est toujours bien chargé, avec ses festivals et ses grillades. Ainsi, on peut dater les événements facilement et disant: «C’était le week-end avant le festival Les Georges» ou «Tu sais, la fois où André a ramené un panneau de signalisation à la maison». C’est simple et tout le monde sait de quoi on parle – enfin, ceux qui étaient aussi présents, mais les autres ne sont pas concernés de toute manière.

Mais voilà, le coronavirus est venu s’en mêler. Mon année a perdu sa substance. Elle n’est plus rythmée que par des choses peu réjouissantes, tels les examens ou un rendez-vous chez le dentiste. Sinon, que dalle. Le cycle annuel est devenu un cycle journalier: réveil, café, repas, cours en ligne, le taf, éventuellement une bière avec un ami. Résultat des courses: plus de 8 heures d’écran par jour, une activité physique minable et un cynisme grandissant envers le monde et ses habitants. Je survis très bien mais vis très peu, et pour tout vous dire, j’en ai marre.

Je suis un spectre et j’attends que quelque chose se passe, mais il semble que les voies du virus soient impénétrables. Je m’emmerde, je cherche le soleil, je ne sais plus ce que je fais ici. Je suis fatiguée et mes amis, qui dépriment eux aussi, n’aident pas. Mon agenda est à moitié vide mais je rate plus de rendez-vous qu’avant. Peut-être que si ça continue, j’oublierai ce que c’est que de «courir à gauche et à droite». Un an d’ennui, c’est beaucoup de temps dans une courte vie.» Lise Schaller

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