La Liberté

Les «excuses» du tueur de Maëlys

Le procès de l’ancien militaire accusé du meurtre de la petite Maëlys s’est ouvert hier à Grenoble

Les parents de Maëlys sont arrivés hier à la Cour d’assises de Grenoble portant des portraits de leur enfant disparu. © Keystone
Les parents de Maëlys sont arrivés hier à la Cour d’assises de Grenoble portant des portraits de leur enfant disparu. © Keystone
Publié le 01.02.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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France » Près de cinq ans après la mort de Maëlys, une fillette dont la disparition avait provoqué une immense vague d’émotion en France, l’accusé a reconnu hier à l’ouverture de son procès à Grenoble lui avoir «bien donné la mort». Il a présenté ses «excuses» à la famille.
«Je veux leur présenter mes excuses, j’ai bien donné la mort à Maëlys, je ne voulais pas lui donner la mort, je vais m’expliquer sur les faits au cours de l’audience», a déclaré depuis le box, en étouffant des sanglots, Nordahl Lelandais, 38 ans.
L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il a déjà été condamné à Chambéry (sud-est) en mai 2021 à 20 ans de réclusion pour le meurtre d’un jeune soldat – verdict dont il n’avait pas fait appel.

«Le plus longtemps en prison»
Ancien maître-chien militaire, il est jugé pour l’enlèvement, la séquestration et le meurtre de Maëlys De Araujo, âgée alors de huit ans, en août 2017, ainsi que pour des agressions sexuelles à l’encontre de deux de ses petites-cousines au cours du même été.
«J’attends qu’il reste le plus longtemps en prison, et qu’on se sente rassurés qu’il soit en prison», avait déclaré à la presse le père de Maëlys, à son arrivée au tribunal.
La mère de la fillette, qui vient de publier un livre récit consacré à sa fille, s’était présentée portant un grand portrait peint de Maëlys, qu’elle a longuement montré aux caméras. Sa fille aînée portait, elle aussi, une photo de sa petite sœur.
Après les déclarations de l’accusé, l’avocat de la mère et de la sœur de Maëlys, Me Fabien Rajon, a immédiatement fait part du «scepticisme» de ses clientes. «On a eu droit à une larme de Nordahl Lelandais, on a eu droit à des excuses, mais ça ne valait très clairement pas grand-chose», a-t-il lancé.
«Très clairement, on ne compte pas sur Nordahl Lelandais, on compte sur un dossier qui fait 23 000 pages, sur une instruction qui a établi la personnalité et la dangerosité de cet individu», a-t-il poursuivi.

Compassion et indignation
Outre les experts et enquêteurs, une quarantaine de témoins devraient être entendus au fil des audiences. Quelque 250 journalistes ont été accrédités pour suivre les débats, un nombre considérable pour ce type d’affaire.
Dès le début, il y a quatre ans et demi, ce tragique fait divers a fasciné le grand public, suscitant compassion pour les parents de la fillette et indignation à l’égard du suspect, perçu comme un manipulateur et un temps soupçonné d’être un tueur en série. Pressentant bien en amont le «défi» d’une forte pression médiatique, le palais de justice a ouvert une deuxième salle avec retransmission vidéo directe et a renforcé les mesures de sécurité.
Et, comme au procès des attentats du 13 novembre, les parties civiles ne souhaitant pas être abordées par les médias arboreront un cordon rouge autour du cou. Quant aux jurés, ils pourront bénéficier d’une assistance psychologique s’ils le souhaitent.

Circonstances encore floues
Le suspect devra s’expliquer sur les circonstances qui l’ont conduit à tuer – involontairement selon lui – Maëlys De Araujo lors d’une soirée de mariage à Pont-de-Beauvoisin (sud-est) dans la nuit du 26 au 27 août 2017.
On ignore encore dans quelles conditions la petite fille est montée dans sa voiture. Les circonstances du décès de l’enfant restent aussi entourées de zones d’ombre.
Rapidement soupçonné malgré ses dénégations, l’ancien militaire avait finalement été confondu par la découverte d’une tache de sang dans le coffre de sa voiture. Six mois après les faits, il avait conduit les enquêteurs jusqu’aux restes de sa victime, dans le massif de la Chartreuse.
Il sera également jugé pour agressions sexuelles à l’encontre de deux petites-cousines âgées à l’époque de cinq et six ans, ainsi que pour détention et enregistrement d’images pédopornographiques.
Le verdict est attendu autour du 18 février – si la pandémie de Covid-19 ne vient pas brouiller les cartes. ATS/AFP

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