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Groupe E préconise des économies dès maintenant pour éviter la pénurie d'énergie cet hiver

Réduire l'éclairage, limiter l'utilisation d'eau chaude, ne pas abuser du chauffage: Groupe E a invité ce vendredi ses clients à agir immédiatement pour préserver les stocks de gaz et le niveau des barrages pour l'hiver.

Selon le directeur de Groupe E Jacques Mauron, la situation actuelle doit aussi inciter au développement rapide des énergies renouvelables en Suisse. Ici le parc solaire de la Boverie à Payerne. © Charly Rappo
Selon le directeur de Groupe E Jacques Mauron, la situation actuelle doit aussi inciter au développement rapide des énergies renouvelables en Suisse. Ici le parc solaire de la Boverie à Payerne. © Charly Rappo

MRZ

Publié le 19.08.2022
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La guerre en Ukraine et ses conséquences sur les exportations de gaz russe, la mise à l’arrêt provisoire de la moitié du parc nucléaire français pour raisons techniques, la sécheresse estivale mettant à mal la production d’énergie hydroélectrique: toutes les conditions sont réunies cette année pour provoquer une pénurie d’énergie en Suisse, pays dépendant à 72% de l’étranger pour son approvisionnement. Dans ce contexte tendu, Groupe E a invité vendredi l’ensemble de la population et des entreprises à réduire dès maintenant leur consommation d’énergie afin d’aborder l’hiver dans les meilleures conditions possible.

La crainte d’une pénurie d’énergie est dans l’air depuis plusieurs années déjà, a rappelé le directeur général de Groupe E Jacques Mauron. Mais les événements géopolitiques et météorologiques récents ont accéléré les choses et le risque pourrait devenir très concret dès cet hiver. La hausse spectaculaire des prix de l’électricité (certains consommateurs ont vu leur facture multipliée par dix depuis 2020) est un signal annonciateur des possibles restrictions à venir.

Possibles mesures décidées par la Confédération

L’énergéticien fribourgeois affirme collaborer avec les organes en place – Organisation pour l’approvisionnement en électricité en cas de crise (Ostral) et Organisation d'intervention en cas de crise gazière (OIC) – afin de préparer la mise en œuvre des mesures qui pourraient être décidées par le Conseil fédéral en cas de manque d’énergie. Celles-ci pourraient aller de simples restrictions d’utilisation de certains appareils énergivores (enseignes lumineuses, jacuzzis, escalators) à des coupures ponctuelles de courant pour l’ensemble de la clientèle, en passant par des contingentements obligeant certains gros clients industriels à réduire leur consommation – ce qui aurait déjà un impact tout à fait considérable pour l’économie nationale.

Mais on n’en est pas encore là, a assuré vendredi Jacques Mauron. Afin d’éviter de tels scénarios, il est possible d’agir immédiatement en réduisant la consommation d’énergie sur une base volontaire. Chaque molécule de gaz conservée dans les stocks, chaque litre d’eau préservé dans les lacs de barrage pourra s’avérer utile cet hiver, a-t-il expliqué en substance. Selon Yves Fritsché, responsable d’exploitation des réseaux électriques de Groupe E, ces économies volontaires pourraient déjà conduire à une réduction de la consommation de 5 à 10%. Les éventuelles restrictions imposées par la Confédération la feraient diminuer de 10% supplémentaires. Ce n’est que si tout ceci s’avérait insuffisant que l’on passerait au contingentement.

Développer les énergies renouvelables

Selon Jacques Mauron, la situation actuelle doit aussi être une incitation au développement de moyens de production d’énergies renouvelables indigènes. «Ainsi, la dépendance à l’importation pourra être réduite tout en permettant à la clientèle de bénéficier d’une énergie locale plus sûre et à des prix plus stables.»

Mais il y a du pain sur la planche: la Suisse consomme actuellement 60 térawattheures (TWh) par an. L’abandon du nucléaire la privera de 26 TWh, à compenser par d’autres moyens. La hausse de la consommation d’électricité engendrée par l’augmentation du parc de véhicules électriques et des pompes à chaleur nécessitera en outre 24 TWh supplémentaires. Ce sont donc en tout 50 TWh qu’il faudra produire (dont 30 en hiver) pour maintenir le niveau de vie helvétique. «La Suisse a assez de soleil, de vent et d’eau pour assurer son approvisionnement», a assuré Jacques Mauron. Ce programme ambitieux nécessitera, selon une récente étude de BKW Energie SA, la construction ou le rehaussement de 15 barrages, l’édification de 500 éoliennes (dont une quarantaine dans le canton de Fribourg) et l’équipement en panneaux solaires photovoltaïques de la quasi-totalité des toits du pays...

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