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Le rock altermondialiste

Takashi Mizutani, nonchalant sur une pochette d'une captation non officiel des Ralizes Dénudés © DR
Takashi Mizutani, nonchalant sur une pochette d'une captation non officiel des Ralizes Dénudés © DR
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29.08.2020

L’article en ligne – Musique » Si vous n’en pouvez plus de subir l’impérialisme anglo-saxon qui semble envahir le rock (et tout le reste), cette liste de cinq groupes des quatre coins du monde est faite pour vous. 

Yvan Pierri

Les Ralizes Dénudés

Ce groupe au nom étrange n’est pas un collectif de surréalistes français du début du XXème siècle mais bien un groupe de rock qui nous vient de l’archipel nippon. Formés dans les années soixante autour du guitariste et chanteur Takashi Mizutani, frêle et ténébreux bonhomme épris de littérature française, les Ralizes Dénudés nous concoctent une approche musicale très radicale. La guitare de Mizutani pleure et gémit,  maltraitée qu’elle est par les inflexions de la pédale d’effet que le musicien nippon piétine sans vergogne. Le tout dans une décharge sonore où le larsen et tout autre type de pollution sonore s’associent dans la conception d’un son bien sale où l’auditeur se surprend à parfois entendre la voix de Mizutani. Car les Ralizes Dénudés, c’est également une démarche fondamentalement anti-commerciale et underground. En effet, Mizutani et les autres membres du groupe n’ont jamais voulu enregistrer en studio si bien qu’on ne trouve que des captations plus ou moins officielles de leurs concerts. Radical on vous dit…

Os Mutantes

Une bande de jeunes hommes avec des coupes au bol sapés comme des nobles de la renaissance un peu trop portés sur les motifs floraux. Jusque là, rien d’anormal pour une pochette d’album sorti en 1968. Sauf que les jeunes de « Os Mutantes » ont l’air un peu moins enjoués que leurs pairs anglo-saxons. En effet, pendant que le « Summer of Love » battait son plein dans l’hémisphère nord, au Brésil, on subissait la dictature militaire menée par le maréchal Castelo Branco depuis 1967 et, forcément, la transgression n’avait pas tout à fait la même odeur. C’est avec toute la folie délirante du psychédélisme mêlée à l’énergie de la musique traditionnelle brésilienne qu’Os Mutantes scande en portugais leur rejet de la pop d’Etat et des forces de coercition qui ont assailli leur pays. On a les hippies qu’on mérite... 

Les Têtes Brûlées

Le Bikutsi, c’est LA musique traditionnelle du Cameroun. Celle sur laquelle des générations de camerounais ont dansé. Si elle a un fond spirituel et philosophique profond, le bikutsi est devenu au fur et à mesure des années l’un des plus grands genres de l’Afropop. Mais dans les années 80 arrive une bande de fous furieux avec des dégaines de prêtres vaudou de pacotille et un son électrique. Dynamitant le bikutsi avec une énergie rock bien contestataire, la bande de Zanzibar, guitariste de génie, révolutionne le genre et le son même de la guitare en fixant une mousse en caoutchouc sur le chevalet, faisant ainsi sonner l’instrument comme un Balafon. les Têtes Brulées brillent de mille feux dans les années 80 avant la mort prématurée à 26 ans de Zanzibar, devenue une icône nationale depuis. La cinéaste Claire Denis, responsable notamment de Trouble Every Day, leur a consacré un documentaire Man No Run en 1988. 

Kino

On imagine qu’il était difficile dans l’ex-URSS de se rebeller sur de la musique occidentale capitaliste antirévolutionnaire, tant la politique du régime était stricte. Cependant, à grand renfort de moyens détournés et autres piratages, le genre a tout de même effectué une percée à l’est du rideau de fer. Ainsi Viktor Tsoï et les membres de Kino devinrent des icônes en incarnant le premier grand groupe de rock d’envergure du bloc soviétique. Tsoï chante avec sa voix grave la condition des jeunes paumés de Russie avec toute la mélancolie slave des grands écrivains de la langue de Mnouchkine. Malheureusement, Viktor Tsoï se tuera dans un accident de voiture à 28 ans. Kirill Serembrennikov consacrera un biopic à lui et son groupe en 2018 : Leto. 

Blackfire 

Si le rock est né aux Etats-Unis, et bien qu’il soit associé majoritairement à des artistes qui descendent des centaines d’immigrants qui peuplent son histoire, force est de constater que le genre n’aurait pas le même visage sans la contribution des natifs. Mais Blackfire, formation née en 1989, se saisit de toute la rage revendicatrice du punk rock pour saisir à bras le corps son héritage navajo. En effet, la famille Benally est élevée dans la tradition de leur peuple par leur père et joue très tôt avec celui-ci de la musique. L’influence de cette éducation sera pérenne dans le son de Blackfire. Le groupe infuse sa musique de chants et instruments traditionnels navajo pour soutenir la voix rauque de Clayson Bennally. Ce dernier scande des slogans enragés en faveur de la cause amérindienne, passionnés et plein d’aigreur envers les injustices de l’oncle Sam. L’Amérique aux Américains disaient-ils… Eh bien qu’on leur rende aussi le rock ! 

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